Ni noir ni blanc
Autour de lui, les passagers semblaient s’être répartis sans y penser. Des visages familiers de la ville, d’autres venus d’ailleurs, et entre eux une distance presque silencieuse. À côté de moi, une jeune femme regardait ailleurs, comme si elle avait appris à ne pas entendre.
Je lui ai demandé, sans trop savoir pourquoi, d’où lui venait cette colère. Il m’a répondu simplement, presque calmement cette fois, que sa femme était blanche. Il a ajouté qu’il avait une fille. Métisse.
Sa réponse ne dissipait rien. Elle ajoutait seulement une couche de complexité à ce qui, un instant plus tôt, me paraissait simple. Je suis resté là, avec cette contradiction, incapable de la résoudre.
Peut-être est-ce cela que nous refusons le plus souvent : voir que les hommes ne coïncident pas avec leurs paroles, que leurs vies démentent leurs colères, et que la vérité se tient quelque part entre les deux.
Dans ce tram, il n’y avait ni camps clairs ni frontières nettes, seulement des existences mêlées, et cette difficulté persistante à se comprendre.
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