Une voix sans personne
Qu’elles soient transparentes ou opaques, humbles ou chamarrées d’images, nos paroles ne contiendront pas plus de sens qu’un souffle sans visage qui résonnerait pour lui-même sur les débris d’un temple ou dans un champ superbement désert depuis toujours ignoré des humains. Ainsi, qu’il laisse un nom ou devienne anonyme, qu’il ajoute un terme au langage ou qu’il s’éteigne dans un soupir, de toutes façons le poète disparaît, trahi par son propre murmure et rien ne reste après lui qu’une voix, -- sans personne. Tout ce qu'il avait dit, tout ce qu'il n'avait pas dit, tout ce qui ne serait jamais dit, à présent, tout cela faisait partie de la masse opaque du silence de l'écrit.