Exister a l'imparfait
À tout moment, mon masque pouvait tomber. Fumée. Et derrière ?
Écrire, c’était brasser des nuages de mots, des masses de néant, des absences irrémédiables. Suppléer l’irréalité par des traces : était-ce vivre ? Les livres, les récits, en appelaient à l’univers, tissant les destins dans une seule et même trame.
L’être qui me manque se réalisait ainsi. À l’imparfait. Toujours à-venir.
Sans avenir, mon être s’est confondu avec la littérature. Le sentiment de ne vivre que comme un être de traces m’a toujours possédée, comme si la réalité restait derrière une vitre, légèrement décalée.
Écrire est sans commencement ni fin.
Effacée, nul ne m’attend. J’ai donné rendez-vous à une foule qui m’ignore.
Mes traces de papier ont disparu. J’erre dans les cyberspaces, par intermittences, epouvantée par ce que l’homme en a fait. Un langage de plus en plus pauvre, on communique désormais par mime et par images. Le piège se referme doucement, sans bruit. L'être devient spéculaire, spectacle, miroir réfléchissant sans réflexion.
Mes livres semblent n’avoir plus d’existence dans le monde réel. Des frontières, des murs, ont été érigés entre eux et moi — invisibles, mais infranchissables.
Mes combats à voix nue passent, eux aussi, par la littérature. Ma vie s’est confondue, et se confond encore, avec la chose littéraire. Peut-être n’ai-je jamais vécu autrement ni pour autre chose.
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