Le Caprice des dieux : une disparition mystérieuse dans les glaces du lac Memphremagog
Extrait de mon roman Le Caprice des dieux dix ans plus tard
Sous la surface figée du lac Memphremagog au Canada, quelque chose appelle. Un souffle. Une présence bascule dans les abysses.
Dans cet extrait que je viens de relire, et qu'à mon habitude je ne reconnais plus, la frontière entre réalité et abandon s’efface lentement… jusqu’au moment où il devient impossible de revenir en arrière.
Une scène troublante, presque hypnotique, où la chute prend des airs de révélation. Je viens de retrouver cette page dans mes vieux papiers. Je sais qu'il s'agit d'un chapitre de fin de mon livre Le Caprice des dieux, publié il y a dix ans. Avant de la déchirer, je la dépose ici. Je retranscris ce passage, avec une légère "differance" comme dirait Derrida. Le texte se renouvelle à chaque relecture qui impose aussi sa ré-écriture. Le livre n'a pas de fin. Infini, inatteignable par désir. Je pourrais ré-écrire le livre, ou lui donner une suite. Je me délecte des lectures et des amitiés tissées par l'interaction littéraire qui ne tarit jamais. Quelle chance d'avoir mis un point final a ce livre-la, au moins, et quelques autres. L'interminable, l'incessant.
Penses-tu qu’elle fuit… ou qu’elle répond à un appel ?
Je veux croire que mon héroïne ou mon alter ego ne tombe pas. Elle répond à quelque chose. L'appel du grand large. L'ou-vert.
Extrait
Au fur et à mesure qu'elle avançait sur le lac gelé, un sentiment de joie sauvage l'envahissait. La délivrance approchait. Memphrémagog, frontière entre Québec et Vermont. Ici l'air avait une autre consistance. Ses poumons éclataient.
La neige. La neige glissante s'étendait à perte de vie. Elle avait l'impression de toucher des étincelles. Quelques pêcheurs, ici et là, creusaient des trous longs d'un corps d'homme avec des bâtons pour ramener de petits poissons. Un désert de perles blanches s'étendait marque de signes inconnus se lisant sur le sol, une signification ancestrale, incompréhensible.
L'intuition du large la submergeait.
A certains endroits, le vent avait rejeté de la poudre neigeuse par paquets qui formaient des ailes immenses se déployant tels des miracles. Elle suivait ces traces, comme un chasseur, les yeux brûlants. A l'horizon le ciel et la montagne se confondaient par couches superposées, tous les bleus, du mauve au rouge intense coiffaient les têtes des sapins de grandes formes mystérieuses.
La neige ressemblait à un cristal opaque, translucide, emprisonné dans un feu de lumière puissante. Des cristaux de glace flottaient dans l'eau qui attirait comme une naïade.
Aussi pâle et friable que la neige elle se tient debout, les cheveux de suie au vent, l'habit volatile au bord du monde. Vol plané au-dessus de ses rêves. Chute maîtrisée. Le gouffre prêt à l'engloutir. Dans les abysses elle se transforme, son corps sort de sa gangue de tissu. Sirène, si reine, elle renaît dans les profondeurs marines.

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