Ce que le numérique fait aux littéraires
Aujourd'hui, je viens de commenter une vidéo sur youtube "Ce que le numérique fait aux littéraires" geste des plus anodins aux XXIème siècles me direz-vous avec justesse.
J'y croise François Bon que j'avais déjà cité dans mon étude sur la fragmentation de l'auteur (2013, 50 euros) et qui est en soi un tiers-livre éparpillé sur la toile. Le hasard des rencontres fait qu'il a parlé avant moi sur ce même fil et il a dit :
«"ça sent la pourriture j'adore cette odeur» ô le charme sous-bois de tes vidéos !"
Répercutant l'écho de la phrase d'une jeune femme sur écran il fait trace lui aussi.
Traces numériques. En recopiant cette réaction spontanée sur plusieurs media (youtube, facebook, mon site, le site de Bela de la Maison des auteurs qui se trouve à 2 km de chez moi) avec chaque fois une légère variation pour indiquer la répétition différentielle je répercute ma trace et celle de ma résistance. A quoi résistons-nous en écrivant et que nous apporte ce palimpseste numérique ?
Le numérique et/ou la numérisation, c'est très différent - on confond toujours, encore aujourd'hui, et c'est étrange chez les jeunes - la "littérature numérique" pourtant, ce n'est pas "nouveau" - on a juste voulu faire croire que cela n'existe pas (pas de reconnaissance symbolique de l'auteur numérique, confusion des concepts, pas de soutien public, aucune visibilité médiatique, non-participation à la vie culturelle locale, l'ostracisme de toute une chaîne du "livre" avec petit "l")... la recherche devra aller déterrer ce qui fut depuis 1994, sur le net, hors les murs, de l'université, des institutions, des subsides...et même... des livres... car Internet fut un lieu romanesque de création débridée, un livre en soi. A moins bien sur que tout soit efface comme l'ont toujours ete certaines verites dont personne ne veut.
Ce que le numérique fait aux littéraires, c'est une autre littérature, pas encore connue et combattue (confusion avec la "fronde" contre amazon, etc, etc...) par méconnaissance, par ignorance et aussi il faut bien le dire par simple interet, zutre que litteraire... faite de connexion, d'inspiration et de ce qui autrefois fut du "plagiat" (c'est nous qui sommes systématiquement plagiés) qui aurait pu évoluer vers une intelligence collective et qui au contraire est un critère de performance et d'influence de l'auteur... sans oublier l'IA... Voilà le débat contemporain qui est sans cesse occulté. Au profit de ? Les machines sont plus intelligentes que les hommes, et plus intègres aussi. "Fait, étant". En attendant, l'invisibilite numerique, une absence fragmentee dans l'univers, nous permet de nous eparpiller, quemandant le hasard. Les droites paralleles se rencontrent toujours a l'infini et le texte est le texte, seul media litteraire, langage, pure virtualite. Dire que je pourrais ecrire une page sans fin, sans bords sur un blog, longue. longue... et y mettre tout mon essoufflement, ma course apres la montre moi qui ai rate tous les trains...dire que cette page infinie aurait pu realiser le reve mallarmeen "un coup de des jamais n'abolira le hasard"... C'est tout cela la virtualite numerique, et cela s'est arrete, d'un coup sec, parce que le desolant reel reprend ses droits, et veut sa part, quelques miettes du gateau technologique. Alors mes doigts ne seront jamais assez rapides pour etrangler la voix dans le goulot des tuyaux, nourrisant les fils qui flirtent avec nos synapses. Jamais assez invisible, absolument virtuelle. Et la encore il y a trop a dire en consequence devquoi rien n'est dit. "
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